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Comment vous nourrissez-vous ? Nourrir l’être dans sa globalité

Photo du rédacteur: Agnès Durand
Agnès Durand
il y a 43 minutes
3 min de lecture

Il m’arrive fréquemment de parler de nourriture avec mes patients. Une préoccupation qui peut paraître éloignée d’une psychanalyse. Néanmoins, dans une démarche de connaissance de soi, il est primordial de ne pas partir sans boussole et sans quelques réserves dans sa besace ! Car le chemin est long et requiert une certaine endurance.


Alors de quelle nourriture s’agit-il ?

Je m’appuie sur les cinq nourritures décrites par Frank Forencich.



Sou Jest - Unsplash
Sou Jest - Unsplash


Les cinq nourritures de Frank Forencich


Nous avons pris l’habitude de réduire la nutrition à ce qui se trouve dans notre assiette. Pourtant, comme le rappelle Frank Forencich, l’être humain est un animal bien plus complexe. Il a besoin d’être nourri sur plusieurs plans à la fois pour rester vivant, connecté et en mouvement intérieur.


Forencich parle de « cinq nourritures essentielles » :


- la nourriture comestible — ce que nous mangeons, bien sûr ;

- la nourriture cinétique — le mouvement, le corps en action, la sensation d’être incarné ;

- la nourriture sociale — les liens, le sentiment d’appartenance, le fait d’exister avec et pour les autres ;

- la nourriture de l’expérience et de la nouveauté — ce qui stimule, surprend, élargit le champ du possible ;

- la nourriture biophile — le contact vivant avec la nature, les arbres, la terre, les cycles, le grand tissu du vivant.


Quand l’une de ces dimensions est négligée, un déséquilibre s’installe silencieusement. Le corps peut manquer de vitalité, l’esprit de sens, le cœur de connexion. Nourrir l’être de manière globale contribue à un bien-être durable et stable. N'oublions pas que nous sommes un tout vivant, en relation permanente avec elle-même, les autres et le monde.


J’insiste d’autant plus sur l’importance d’être vigilant sur ces cinq nourritures car, lorsque nous sommes amenés à traverser des périodes de crise de vie, nous avons la fâcheuse tendance à nous figer. Perte d’appétit, immobilité, repli sur soi, démotivation. Nous sombrons dans la direction contraire de ce qui nous aide à surmonter un passage douloureux.


Cette vision rejoint de façon surprenante l’approche de la psychologie jungienne, et plus particulièrement le travail de James Hillman.



Une psychanalyse basée sur les ressources


Chez Jung, et encore davantage chez Hillman, il ne s’agit pas d’abord de traquer les troubles pathologiques pour les « corriger ». L’accent est mis sur les ressources intérieures, les images, les mythes personnels et les forces déjà présentes dans la psyché.


Dans cette perspective, les cinq nourritures de Forencich deviennent autant de portes d’accès à la connaissance de soi. Nous prenons soin de notre corps par l'alimentation et le mouvement, nous nous ancrons dans le monde en soignant nos relations, enfin les nouvelles expériences et le contact avec la nature nous relie à notre créativité.


La psychanalyse jungienne, telle que Hillman l’a reformulée, n’accompagne pas le patient en le définissant par ses manques ou ses symptômes. Elle l’invite à découvrir ce qui, en lui, est déjà ressource, image fertile, potentiel de sens.

Plutôt que de chercher à vous guérir, il s'agit d'avoir accès à une meilleure connaissance de soi et de découvrir nos potentialités.


Nourrir ces cinq dimensions, c’est précisément offrir à la psyché un terrain fertile pour que ces ressources se déploient. Le mieux-être n’est alors plus un objectif extérieur à atteindre, mais la conséquence naturelle d’une relation plus juste et plus riche avec soi-même et avec le monde.


Et si, aujourd’hui, nous choisissions de nourrir non seulement notre estomac, mais aussi notre mouvement, nos relations, notre curiosité et notre lien au vivant ?


La connaissance de soi et le mieux-être n’en seraient que plus accessibles.

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