top of page

Psycho-corporel et psychanalyse jungienne : un curieux mélange ?

Photo du rédacteur: Agnès Durand
Agnès Durand
il y a 11 minutes
4 min de lecture

Dans le champ des thérapies contemporaines, il peut paraître désarçonnant de mêler l’approche psycho-corporelle (ou somatique) et la psychanalyse jungienne. Pourtant, ces deux apports constituent les deux piliers de mon approche : connaissance de soi et écoute du corps. En effet, il me paraît tout aussi important de favoriser la mise en mots de ce qui nous traverse, que de dissiper les traumatismes logés dans le corps grâce à l’intégration des réflexes archaïques. Sans compter qu’une personne dont le corps est détendue est d’autant plus disponible pour aller visiter ses parts d’ombre !(



Unsplash ; Jordan Christian
Unsplash ; Jordan Christian


Je vous propose d’explorer ensemble cette rencontre riche de sens.



Qu’est-ce que les réflexes archaïques ?


Ce sont des mouvements automatiques, présents dès la vie intra-utérine et le tout début de la vie. Les réflexes archaïques sont des réponses motrices involontaires et automatiques qui apparaissent chez le fœtus et le nouveau-né. Parmi les plus connus : le réflexe de Moro (sursaut de survie), le réflexe d’agrippement, le réflexe de succion, le réflexe de marche automatique ou encore le réflexe tonique labyrinthique. Leur rôle est vital : assurer la survie, organiser le développement sensorimoteur, construire les fondations de la posture, de la coordination et de la régulation émotionnelle.


Normalement, ces réflexes s’intègrent progressivement au cours de la première année de vie pour laisser place à des mouvements volontaires et plus matures. Lorsqu’ils restent actifs (non intégrés), ils peuvent continuer à influencer discrètement la posture, les émotions, l’attention, la gestion du stress ou même la façon d’entrer en relation avec le monde. C’est ici que le travail psycho-corporel trouve tout son intérêt : il permet de revisiter ces « programmes » originels pour libérer le système nerveux et restaurer une plus grande fluidité intérieure.


Mais ils constituent bien plus que de simples réactions neurologiques. Ils forment une porte d’entrée vers les couches les plus anciennes de la psyché, là où le corps et l’inconscient dialoguent de manière intime.



Le regard jungien : l’archaïque dans la psyché


Carl Gustav Jung n’a pas parlé explicitement des réflexes primitifs tels qu’on les étudie aujourd’hui en neurologie développementale. En revanche, il a développé une vision profonde de « l’archaïque » dans la psyché. Pour lui, l’inconscient collectif est peuplé d’images, d’instincts et de structures issues de l’histoire phylogénétique de l’humanité. Il parlait d’archaïsme pour désigner ces contenus psychiques qui conservent un caractère primitif, pré-verbal et profondément enraciné dans le corps.


Le corps, dans la perspective jungienne, n’est pas un simple véhicule : il est un lieu d’expression privilégié de l’inconscient. Les symptômes somatiques, les postures figées, les tensions chroniques ou les réactions émotionnelles disproportionnées peuvent être lus comme des messages provenant de couches archaïques de la psyché. Les réflexes non intégrés apparaissent alors comme des traces corporelles de ces strates anciennes : des reliquats de la relation primordiale au monde, à la sécurité et à l’attachement.


Travailler ces réflexes, c’est donc, d’une certaine manière, entrer en dialogue avec le Soi dans sa dimension incarnée. C’est permettre à des énergies psychiques bloquées au niveau du tronc cérébral et du système nerveux de s’intégrer dans une conscience plus large, plus mature. L’individuation, processus central chez Jung, ne se limite pas au travail des rêves, des symboles ou des images : elle passe aussi par le corps qui « se souvient ».



Une rencontre fertile entre psycho-corporel et analyse jungienne


L’approche psycho-corporelle offre des outils concrets (mouvements rythmiques, pressions isométriques, exercices d’intégration sensorimotrice, travail sur la respiration et la posture) pour accompagner l’intégration des réflexes. La psychanalyse jungienne, quant à elle, apporte le cadre symbolique et le travail d’élaboration psychique.


Concrètement, cela peut se traduire en séance par :

- l’observation attentive des réactions corporelles pendant les séances (sursauts, crispations, besoins de mouvement) comme des manifestations de complexes ou d’archétypes activés ;

- des exercices proposés en séance et à faire chez soi pour apaiser le système nerveux et observer les sensations, émotions ou images qui viennent lorsque le corps se détend ;

- la mise en lien entre un réflexe non intégré (par exemple le Moro) et des thématiques jungiennes telles que la peur archaïque de l’abandon ou la difficulté à se sentir « contenu » ;

- la reconnaissance que le travail somatique accélère parfois l’accès à des couches pré-verbales de l’inconscient, rendant ensuite plus fertile le travail d’analyse.


Cette alliance permet d’éviter deux écueils : d’un côté, une approche purement mécanique des réflexes qui oublierait la dimension symbolique ; de l’autre, une analyse trop mentale qui négligerait le corps comme voie d'accès vers l’inconscient.



Conclusion : le corps comme allié de l’individuation


Les réflexes archaïques nous rappellent une vérité essentielle : nous portons en nous l’histoire de notre développement le plus primitif, et cette histoire continue de parler à travers notre posture, nos émotions et nos réactions automatiques. En les abordant dans une perspective à la fois psycho-corporelle et jungienne, on ne se contente pas de « corriger » un dysfonctionnement neurologique. On ouvre un dialogue avec les fondations mêmes de notre être.


Le corps devient alors un allié précieux du processus d’individuation : il révèle, il libère et il permet d’intégrer ce qui était resté figé dans les strates les plus anciennes de la psyché.


Et vous, avez-vous déjà exploré le lien entre votre corps et votre monde intérieur ? Avez-vous remarqué des réactions automatiques qui semblent échapper à votre volonté consciente ? N’hésitez pas à partager vos expériences ou vos questions, je lis tout avec attention.



Je vous souhaite « Bon voyage vers votre Soi »

bottom of page