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Jeux de pouvoir #2 : Le complexe paternel/maternel négatif – « Je sais mieux que toi »

  • Photo du rédacteur: Agnès Durand
    Agnès Durand
  • il y a 33 minutes
  • 4 min de lecture

Dans l’article précédent, nous avons vu que les jeux de pouvoir naissent souvent d’un complexe qui parle à notre place. Aujourd’hui, zoomons sur l’un des plus fréquents et des plus insidieux dans nos relations quotidiennes : le complexe paternel ou maternel négatif.





Quand le parent intérieur devient tyran


Jung nous rappelle que chaque personne porte en elle un archétype parental : le Père (structure, autorité, loi) et la Mère (nourriture, protection, accueil). NOTA : Je précise que les archétypes masculins et féminins ne sont pas l'homme et la femme, ne déterminent pas une identité sexuelle, encore moins les rôles attribués aux individus dans notre société, selon des considérations sociales et culturelles.

Quand ces archétypes sont vécus de façon équilibrée, ils nous aident à grandir, à nous poser des limites saines et à nous sentir soutenus.


Mais quand ils basculent dans leur ombre, ils deviennent des complexes négatifs :

- le Père tyrannique : rigide, autoritaire, « c’est comme ça et pas autrement », punitif, incapable de reconnaître l’autre comme sujet autonome ;

- la Mère envahissante : surprotectrice, fusionnelle, culpabilisante (« après tout ce que j’ai fait pour toi »), qui étouffe sous couvert d’amour


Ces complexes ne se limitent pas aux parents réels. Ils se réactivent dans toutes nos relations adultes : couple, travail, famille élargie, amitiés, et même avec nous-mêmes. C'est d'ailleurs ainsi que nous pouvons les repérer dans notre vie adulte.



Les masques qu’il prend au quotidien


En couple

« Je sais mieux que toi comment tu devrais faire », « Laisse-moi faire, tu vas encore te tromper », « Tu ne peux pas vivre sans moi » (maternel négatif), ou « Tu n’as qu’à m’obéir » (paternel négatif). Résultat : l’autre se sent infantilisé, et le jeu de pouvoir s’installe (soumission / rébellion / rancune).


Au travail

Le manager qui dit « Je sais mieux que vous ce qui est bon pour le projet », qui ne délègue jamais vraiment, ou la collègue qui « materne » tout le monde en permanence (« Tu devrais faire comme ça, sinon tu vas te faire virer »). Le résultat : perte d’autonomie, démotivation, sentiment d’être réduit à un enfant.


En famille

La mère ou le père qui continue, même à 40 ans, à dire « Tu ne sais pas t’organiser », « Tu devrais écouter ta mère », ou qui culpabilise (« Si tu ne viens pas, je vais me retrouver toute seule »). Le complexe parental négatif empêche l’individuation de l’enfant devenu adulte.


Dans l’amitié

« Je te dis ça parce que je te connais mieux que toi-même », ou l’ami qui impose ses choix (« On va là-bas, c’est mieux pour toi »). Là encore, c’est le complexe qui parle, pas la personne.



Pourquoi ce complexe est si puissant ?


Il s’appuie sur une double illusion :

- « Je te contrôle pour ton bien » (le parent négatif se vit comme protecteur) ;

- « Sans moi tu ne vaux rien / tu vas te perdre » (l’enfant intérieur projeté sur l’autre).


Il est aussi puissant parce qu'il émane d'une peur de l'autre. Celui-ci impose ses choix autoritaires ou étouffants par peur qu'il nous arrive malheur. Ce besoin inconscient de contrôle échappe complètement à celui dont le complexe négatif est activé. Il ne peut tout simplement pas s'en empêcher.


Jung dirait que ce complexe est souvent hérité : on rejoue inconsciemment le rapport que l’on a eu (ou que l’on n’a pas eu) avec nos propres parents. Il se transmet de génération en génération tant qu’il n’est pas nommé et intégré.



Comment commencer à s’en libérer ?


1. Le repérer sans se juger ou juger l'autre

   Dès que tu entends en toi (ou chez l’autre) : « Je sais mieux », « Tu devrais », « Laisse-moi faire », pose-toi la question : « Est-ce mon Moi conscient qui parle, ou est-ce le vieux parent intérieur qui reprend la main ? »


2. Retirer la projection

   Question magique : « Quelle part de moi ai-je peur de voir ou de vivre, qui se manifeste chez l’autre ? »

   Exemple : si tu reproches à ton partenaire d’être « trop passif », peut-être que tu refuses de prendre ta propre responsabilité ou d’assumer tes désirs.


3. Dialoguer avec le complexe (exercice jungien simple)

   Imagine le « parent tyrannique » ou « la mère envahissante » en face de toi. Demande-lui :

   - Qu’est-ce que tu veux protéger ?

   - De quoi as-tu peur si je te lâche ?

   Souvent, il répond : « J’ai peur que tu te fasses mal », « J’ai peur que tu m’abandonnes », « J’ai peur de ne plus exister si tu deviens autonome ».

   Accueille cette peur avec douceur : « Merci d’avoir voulu me protéger. Aujourd’hui, je prends le relais. »


4. Réintégrer le parent positif

   Le Roi sage et la Mère nourricière existent aussi en nous. Invite-les : « Comment puis-je guider avec bienveillance ? Comment puis-je soutenir sans étouffer ? »

   Petit à petit, le complexe négatif perd de sa force, car il est conscientisé.



En résumé


Le complexe paternel/maternel négatif n’est pas une fatalité. C’est une partie de nous qui a été blessée ou mal aimée, et qui cherche à se protéger en contrôlant l’autre.


Dès qu’on le voit, qu’on le nomme et qu’on l’accueille, il perd son pouvoir absolu.

Et c’est là que la relation (quelle qu’elle soit) peut respirer à nouveau.



Et vous ?

Avez-vous déjà senti ce complexe paternel/maternel négatif à l’œuvre dans votre vie ?

Quelle phrase revient toujours quand il prend le dessus ?


Et si vous sentez que c’est trop lourd à regarder seul·e, vous pouvez vous faire accompagner pour qu’on le regarde ensemble.


Je vous souhaite une belle journée,


Agnès


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