top of page

Jeux de pouvoir #4 : Le complexe de l’enfant victime – « Regarde comme tu me fais souffrir »

  • Photo du rédacteur: Agnès Durand
    Agnès Durand
  • il y a 4 jours
  • 4 min de lecture

Dans les articles précédents, nous avons exploré le Roi/Tyran, le parent négatif et l’enfant-roi. Aujourd’hui, regardons l’autre face du pouvoir, souvent plus discrète mais tout aussi puissante : le « complexe de l’enfant victime ».


Ce complexe se manifeste par une stratégie de pouvoir indirecte : « Regarde comme tu me fais souffrir… tu es obligé de céder. »


Il ne domine pas par la force ou l’autorité, mais par la victimisation. La personne ne dit pas explicitement « je veux que tu fasses ça », elle montre sa souffrance de manière à ce que l’autre se sente coupable et finisse par céder pour « arrêter la douleur ».


Unsplash - Trym Nilsen
Unsplash - Trym Nilsen


Comment se manifeste-t-il ?


En couple

- « Tu me fais toujours du mal… »

- Bouderie prolongée ou larmes qui surgissent dès qu’une limite est posée

- « Si tu m’aimais vraiment, tu comprendrais sans que j’aie à te le dire »

- Utilisation de la souffrance passée (« après tout ce que j’ai vécu… ») pour obtenir ce qu’on veut aujourd’hui.


Au travail

- Le collègue qui dit « Personne ne me soutient jamais », « On me met toujours de côté », pour obtenir des aménagements ou éviter les responsabilités

- La personne qui se victimise systématiquement lors des retours critiques (« Vous êtes trop dur avec moi ») pour désamorcer toute remarque constructive.


En famille

- L’adulte qui reproche à ses parents « Vous ne m’avez jamais compris », pour justifier qu’on lui doive encore tout aujourd’hui

- L’enfant (ou l’adulte resté enfant) qui fait une crise spectaculaire pour que les parents cèdent.


Entre amis

- « Tu n’es jamais là quand j’ai besoin de toi »

- Déception disproportionnée quand l’autre n’est pas disponible, avec une culpabilisation subtile (« Je croyais qu’on était amis… »).



D’où vient ce complexe ?


Jung le relie à une fixation sur l’archétype de l’Enfant blessé ou de l’Enfant abandonné. Cet archétype est précieux quand il est équilibré : il porte la sensibilité, l’empathie, la capacité à demander de l’aide.


Mais quand il reste immature ou survalorisé (souvent à cause d’une vraie blessure d’enfance comme la négligence, l'humiliation ou l'abandon émotionnel), il devient l’Enfant victime :

- la souffrance devient une identité (« je suis celui/celle qui souffre ») ;

- la victimisation devient une stratégie inconsciente pour obtenir attention, amour ou contrôle ;

- l’autre est placé dans le rôle du « bourreau » ou du « sauveur » obligé de réparer.


C’est souvent le résultat d’une carence affective réelle : l’enfant n’a pas reçu suffisamment d’amour inconditionnel, alors il apprend à obtenir de l’attention par la souffrance.



Le piège relationnel


Le complexe de l’enfant victime crée un jeu de pouvoir très particulier : le chantage affectif par la souffrance. Il ne domine pas par la force, mais par la culpabilité :

- « Si tu ne cèdes pas, je vais mal »

- « Regarde ce que tu me fais »

- Retrait affectif ou crise émotionnelle qui force l’entourage à céder.


L’autre partenaire / collègue / ami se retrouve piégé : soit il cède (et le complexe se renforce), soit il pose une limite (et il devient le « méchant » qui fait souffrir la victime).



Comment commencer à le repérer et à le transformer ?


1. Le signe révélateur

Vous ressentez une tristesse ou une colère disproportionnée quand on ne répond pas immédiatement à votre besoin, ou quand on pose une limite. Demandez-vous : « Est-ce que c’est vraiment la situation qui est insupportable, ou est-ce mon enfant intérieur qui se sent à nouveau abandonné ? »


2. La question qui libère

« Qu’est-ce que j’attends vraiment de l’autre en ce moment ? Est-ce que je lui demande d’être un parent parfait qui répare ma souffrance ? »


3. Un exercice simple

Imaginez votre « enfant victime » assis en face de vous.

Demandez-lui :

- De quoi as-tu si peur quand on ne te cède pas ?

- Qu’est-ce que tu veux vraiment recevoir ?


Très souvent, il répond : « J’ai peur d’être abandonné / de ne pas être aimé / de ne pas exister ».

Répondez-lui avec douceur : « Je suis là maintenant. Je m’occupe de toi. Tu existes, même si l’autre ne peut pas tout te donner. »


4. Réintégrer l’enfant positif

L’enfant victime est l’ombre de l’Enfant divin. Quand on l’accueille sans le laisser régner, il redevient sensible, créatif, capable de demander sans exiger. On retrouve la capacité à recevoir sans dépendre de l'autre.



En résumé


Le complexe de l’enfant victime n’est pas une faute morale. C’est une partie blessée de nous qui cherche désespérément à être vue, aimée et protégée.

Tant qu’on le laisse parler à notre place, on reste coincé dans des jeux de pouvoir épuisants.

Dès qu’on l’accueille, qu’on le comprend et qu’on le rassure, il se calme. Et la relation (quelle qu’elle soit) respire à nouveau.



Et vous ?

Avez-vous déjà senti cet enfant victime en vous ou chez quelqu’un d’autre ?

Quelle est la situation où vous vous surprenez à utiliser la souffrance pour obtenir quelque chose ?


Laissez-moi un commentaire, même court.

Et si vous sentez que ce complexe vous pèse trop, on peut le regarder ensemble.


Je vous souhaite une belle journée,

Agnès



bottom of page