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Quand le travail nous fait violence… et nous transforme : « Les enjeux psychiques du travail » de Pascale Molinier

  • Photo du rédacteur: Agnès Durand
    Agnès Durand
  • il y a 11 minutes
  • 3 min de lecture

« Le travail n’est pas neutre. Il nous fait, il nous défait, il nous blesse, il nous construit. »

C’est en substance ce que Pascale Molinier nous dit dans son ouvrage majeur « Les enjeux psychiques du travail » (2008, réédité depuis), un livre qui reste, vingt ans après, d’une actualité brûlante.


Pascale Molinier est professeure de psychologie sociale, pionnière dans l’articulation entre genre et psychodynamique du travail. Elle a développé ses recherches autour du travail et enquêté pendant des années auprès de soignants, d’ouvriers, d’employés du care, de caissières, d’infirmières, de travailleurs sociaux… des métiers où l’on « donne de soi » au quotidien. Elle montre que le travail n’est pas seulement une activité productive : c’est un lieu où se jouent des enjeux psychiques majeurs, souvent invisibles pour ceux qui ne les vivent pas de l’intérieur.



Unsplash - Sydney Latham
Unsplash - Sydney Latham


Ce que le livre nous apprend en quelques lignes


1. Le travail fait violence au psychisme

   Quand les organisations imposent des injonctions paradoxales (« sois humain mais efficace », « prends des initiatives mais respecte la procédure », « sois empathique mais ne t’attache pas »), elles créent ce que l'on appelle la souffrance éthique : le sentiment de trahir ses valeurs pour faire son travail correctement. Cette souffrance n’est pas un « petit stress » car elle peut aller jusqu’à la dépression, au burn-out, au passage à l’acte.


2. Le care est un travail psychique à part entière

   Les métiers du soin, de l’aide, de l’éducation, du nettoyage… exigent une intelligence sensible que Molinier nomme le « faire attention aux autres ». Cette attention n’est pas un supplément d’âme : c’est le cœur du métier. Mais quand elle n’est ni reconnue, ni rémunérée, ni protégée, elle devient une source d’épuisement majeur.


3. La défense virile contre la vulnérabilité

   Beaucoup d’hommes (mais aussi de femmes) se protègent de la souffrance au travail en adoptant une posture de « dureté », de déni ou de cynisme. Cette virilité défensive est une armure psychique : elle permet de tenir, mais au prix d’un clivage intérieur et d’une difficulté à demander de l’aide.


4. Le collectif comme ressource… ou comme piège

   Molinier montre que la parole entre collègues peut être salvatrice (quand on peut dire « moi aussi je craque »), mais qu’elle peut aussi se transformer en sabotage collectif ou en silence complice face à la souffrance.



Pourquoi ce livre reste essentiel en 2025 ?


Parce que les organisations du travail n’ont pas changé : les injonctions paradoxales sont même devenues plus sophistiquées avec le management par objectif, les indicateurs de performance, le « positive thinking » imposé, ou encore la numérisation à outrance.


Parce que la souffrance éthique est toujours là : on demande aux soignants de « faire plus avec moins », aux enseignants de « personnaliser » avec des classes surchargées, aux caissières d’être souriantes face à des clients agressifs…


Parce que le care reste largement dévalorisé, féminisé et mal payé.



Une lecture qui ne laisse pas indemne


Ce qui frappe dans l’écriture de Pascale Molinier, c’est sa capacité à nommer la violence sans jamais tomber dans le pathos ou la victimisation. Elle décrit, elle analyse, elle donne à voir – et en même temps, elle nous rend notre dignité : oui, ce que vous ressentez est réel ; oui, vous avez le droit de dire que ça fait mal ; oui, vous pouvez chercher à résister et à préserver votre humanité.


Si vous travaillez dans le soin, l’éducation, l’aide sociale, le commerce, l’industrie… ou si vous accompagnez des personnes qui y travaillent, Les enjeux psychiques du travail est un livre qui ne vous laissera pas indifférent. Il ne donne pas de solution miracle, mais il offre une boussole : celle de la reconnaissance de la souffrance réelle et de la possibilité de la penser ensemble.



Et vous ?

Avez-vous déjà ressenti cette « souffrance éthique » au travail ?

Avez-vous trouvé des façons de la nommer, de la partager, de la transformer ?


Et si vous sentez que ce sujet vous appelle plus personnellement, vous savez où me trouver pour en parler.


Très belle lecture et douce journée à vous,

Agnès



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