top of page

L’Œuvre au jaune (Citrinitas) en psychologie alchimique : l’aube de la conscience

Photo du rédacteur: Agnès Durand
Agnès Durand
il y a 3 heures
3 min de lecture

Dans un précédent article, nous avons traversé l’albedo, ce blanchiment de l’âme où, après la putréfaction de la nigredo, une première clarté apparaît. L’inconscient commence à se différencier, les projections se retirent, et une distance intérieure naît. L’âme se reconnaît peu à peu dans le miroir de la conscience.


Aujourd’hui, nous franchissons le seuil suivant : la « citrinitas », l’œuvre au jaune.


Cette étape, parfois oubliée ou fondue dans les textes alchimiques plus tardifs, marque le passage du lunaire au solaire. Après la pureté blanche de la lune, le soleil commence à poindre.


Image Unsplash : Todd Kent
Image Unsplash : Todd Kent

Du blanc au jaune : l’apparition du soleil intérieur


En alchimie, après le lavage et le blanchiment de la matière, survient un jaunissement. Les alchimistes parlaient d’« aurore », de « lever du soleil », de « coloration dorée ». Symboliquement, l’argent (la lune, l’âme) cède la place à l’or naissant (le soleil, l’esprit conscient).


Sur le plan psychologique, la citrinitas correspond à l’émergence d’une conscience plus active et plus dirigée. Ce n’est plus seulement le calme observateur de l’albedo. C’est une clarté qui commence à s’orienter, à se mouvoir, à vouloir. L’individu sent naître en lui une énergie nouvelle : non plus seulement la pureté qui contemple, mais une force qui aspire à incarner, à créer, à diriger.


Jung voyait dans cette phase le moment où le principe solaire — la conscience claire, le logos, la capacité de discrimination active — commence à se différencier du principe lunaire. L’âme n’est plus seulement réceptive ; elle devient aussi intentionnelle. On pourrait dire : « Je ne suis plus seulement celui qui observe. Il y a quelque chose en moi qui commence à vouloir, à choisir, à orienter. ».



Les signes psychologiques de la citrinitas


Voici quelques pistes pour reconnaître que l’on traverse cette étape :


- une clarté plus dynamique. Après le silence vaste de l’albedo, apparaît un sentiment d’orientation intérieure. Les choix deviennent plus nets, même s’ils ne sont pas encore pleinement incarnés ;

- une sensibilité accrue aux images solaires : rêves de soleil levant, d’or, de lumière dorée, de feu maîtrisé, de rois ou de figures paternelles intérieures ;

- le début d’une affirmation plus consciente. On cesse de se laisser purement porter par les mouvements de l’inconscient ; une volonté plus fine commence à se former ;

- une énergie créatrice qui s’éveille. Des projets, des intuitions, des élans de sens apparaissent, encore fragiles, mais déjà porteurs d’une direction.


Attention toutefois : la citrinitas reste une phase de transition. Le jaune alchimique n’est pas encore l’or achevé. C’est l’aube, non le plein midi.



La citrinitas dans la vie quotidienne


Cette étape ne se vit pas uniquement dans les grandes transformations intérieures. Elle apparaît aussi dans des moments plus discrets :


- après une période de purification (thérapeutique, contemplative ou existentielle), lorsque l’on sent naître en soi une direction plus claire, une envie d’agir autrement ;

- lors d’un travail créatif ou professionnel où, après un temps d’attente et de clarification, une intention plus précise commence à se former ;

- dans certaines crises de sens, quand on passe de la simple observation de soi à un engagement plus actif envers ce que l’on a découvert.


La citrinitas demande une attitude particulière : ni forcer prématurément l’action, ni rester indéfiniment dans la contemplation pure. Il s’agit de laisser le soleil intérieur se lever, patiemment, sans précipiter son plein éclat.



Le danger de la fixation


Jung mettait en garde contre le risque de rester prisonnier de cette aurore. Certains s’identifient alors trop vite à une image de clarté héroïque, de maîtrise, de sagesse déjà accomplie. C’est ce que l’on pourrait appeler une « inflation solaire ».


La vraie citrinitas ne nie pas l’ombre ni la vulnérabilité. Elle les éclaire d’une lumière plus active. Elle prépare le terrain pour que le rouge de la rubedo — l’incarnation pleine, la chaleur du sentiment, l’union des opposés — puisse un jour apparaître.



En conclusion


La citrinitas est le moment où l’âme, après s’être blanchie, commence à se dorer. C’est l’aube de la conscience active, le passage du lunaire au solaire, de la pureté contemplative à l’intention naissante.


Si la nigredo nous enseigne que nous devons mourir à certaines illusions, et l’albedo que quelque chose de plus subtil peut renaître, la citrinitas nous montre que cette renaissance n’est pas seulement passive : elle aspire déjà à s’orienter, à s’incarner, à devenir or.


Dans un prochain article, nous pourrons explorer la rubedo, cette phase ultime où le travail alchimique trouve sa pleine incarnation. En attendant, je vous invite à observer, dans votre propre expérience, les moments où une clarté plus active a commencé à poindre après une période de pureté intérieure.


Ces instants-là sont précieux. Ils marquent souvent le début d’une relation plus engagée avec soi-même.


Je vous souhaite une belle éclosion !

bottom of page