Les jeux de pouvoir en psychanalyse jungienne et comment s’en libérer
- Agnès Durand

- il y a 6 jours
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Dernière mise à jour : il y a 5 jours
On parle souvent de « jeux de pouvoir » comme si c’était quelque chose de conscient et volontaire. En réalité, dans la très grande majorité des cas, ceux qui jouent à ces jeux n’en ont absolument pas conscience, que ce soit en couple, en famille, au travail, entre amis, etc.
Ils se sentent simplement « avoir raison », « protéger leur territoire », « remettre les choses à leur place », « ne pas se laisser marcher dessus », « défendre leur vérité »…
Et c’est précisément là que la lecture jungienne devient éclairante.

1. Le pouvoir ne se situe presque jamais dans le Moi conscient
Jung nous dit que lorsqu’une personne devient rigide, autoritaire, manipulatrice, tyrannique, ou au contraire excessivement soumise et effacée, ce n’est presque jamais « elle » qui parle.
C’est un complexe qui parle à travers elle.
Les complexes les plus fréquemment impliqués dans les jeux de pouvoir sont :
- le complexe de pouvoir (archétype du Roi/Tyran ou de la Reine dominatrice) ;
- le complexe paternel/maternel négatif (contrôle, critique, « je sais mieux que toi ») ;
- le complexe de l’enfant-roi (tout doit tourner autour de moi, on doit me céder) ;
- le complexe de l’enfant victime (victimisation comme stratégie de pouvoir indirect : « regarde comme tu me fais souffrir, tu es obligé de céder »).
Dès que l’un de ces complexes est activé, la personne n’est plus vraiment « là ». Elle devient prévisible, caricaturale, et surtout… elle ne s’entend plus elle-même.
2. Les masques les plus courants dans les relations
Voici quelques formes très reconnaissables que prennent les jeux de pouvoir quand on les regarde avec les lunettes jungiennes :
Au travail
- Le collègue / manager qui interrompt systématiquement, reformule ce que tu dis à sa sauce, ou te coupe la parole → complexe de pouvoir + projection de l’Ombre sur toi (« sa propre peur d’être incompétent ») ;
- Le collègue qui se victimise constamment (« personne ne m’écoute, on me met toujours de côté ») → complexe de l’enfant victime pour obtenir attention et contrôle indirect.
Dans le couple
- « C’est toujours toi qui décides » / « Tu ne décides jamais rien » → double jeu de pouvoir inconscient (l’un accuse l’autre d’être dominant, l’autre accuse l’autre d’être passif) ;
- Le chantage affectif (« Si tu fais ça, je pars » / « Si tu ne fais pas ça, je me tais pendant 3 jours ») → complexe de pouvoir déguisé en vulnérabilité.
En famille
- Le parent/adulte qui dit « après tout ce que j’ai fait pour toi » → complexe parental négatif (dette de reconnaissance comme levier de contrôle) ;
- L’enfant/adulte qui dit « de toute façon vous ne m’avez jamais compris » → complexe de l’enfant blessé utilisé comme arme de pouvoir.
Avec les amis
- « Tu es toujours en retard » / « Tu ne me rappelles jamais » → projection d’une blessure d’abandon ou d’insécurité sur l’autre + tentative de reprendre le contrôle de la relation.
3. Les 4 étapes pour commencer à en sortir (approche jungienne)
1. Nommer le complexe au lieu d’accuser l’autre
Au lieu de : « Tu es autoritaire ! »
Dire (à soi-même d’abord) : « Quand tu prends la décision sans me consulter, je me sens effacée et ça réveille mon vieux complexe d’enfant invisible. »
2. Repérer la montée d’adrénaline / l’émotion disproportionnée
Dès que tu sens ton cœur s’accélérer, ta gorge se serrer ou ta voix monter sur un sujet apparemment « anodin », pose-toi la question : « Est-ce que c’est proportionné à la situation réelle ? Ou est-ce qu’un vieux complexe est en train de parler ? »
3. Retirer la projection (question magique)
« Qu’est-ce que je refuse de voir ou de vivre en moi qui se manifeste chez l’autre ? »
Très souvent la réponse est dérangeante… mais extrêmement libératrice.
4. Faire de la place au Soi (au lieu de laisser le complexe parler)
Dans les moments de tension, marquer une pause (même 10 secondes) et se demander :
« Est-ce que c’est mon Moi conscient qui parle, ou est-ce que je suis possédé par un vieux complexe ? »
Cette micro-pause suffit souvent à désamorcer 70-80 % du conflit !
En résumé
Les jeux de pouvoir ne se jouent pas vraiment entre « toi et moi ». Ils se jouent entre les complexes qui parlent à travers nous.
Dès qu’on arrive à le voir, à le nommer et à ne plus s’identifier totalement au complexe, il perd une grande partie de son emprise.
Et vous ?
Avez-vous repéré un jeu de pouvoir récurrent dans votre vie (couple, travail, famille, amitié, études) ? Quelle est la phrase ou le comportement qui revient toujours et qui vous fait sortir de vos gonds ?
Laissez-moi un commentaire, ça m’intéresse vraiment.
Et si vous sentez que c’est trop lourd à regarder seul·e, vous savez où me trouver pour qu’on regarde ensemble quel complexe parle le plus fort en ce moment.
Je vous souhaite une belle journée,
Agnès



